
Il est 7 heures du matin, le réveil sonne.
La journée se matérialise dans l’esprit d’Anne : préparer les enfants, être à l’heure pour l’école, passer prendre la collègue avant d’amorcer la journée. Est-elle prête pour cette réunion ? Surtout, ne pas oublier de prendre rendez-vous chez le médecin pour le petit dernier.
Une légère contraction s’installe dans son ventre, vite chassée par un café pris à la va-vite. Pas le temps de s’éterniser. Elle profite du trajet en voiture pour planifier sa journée, répondant succinctement à ses enfants.
La journée se déroule sous le même rythme effréné… C’est son quotidien : gérer, prévoir, anticiper… Rien n’est laissé au hasard. Anne n’a pas le temps pour les déconvenues, pour les petites erreurs qu’il faudrait rectifier. Tout est calibré pour que sa vie soit fluide… Car le monde est imprévisible. Car le monde est peut-être dangereux.

La soirée est une extension de la journée : il faut préparer le repas, surveiller les devoirs… Se détendre ? Impossible. Son mental est toujours dans la projection. Anne s’endort épuisée, mais sa nuit sera mouvementée, altérée par des réveils incessants, par ces angoisses qui surgissent sans raison apparente.
Le contrôle est une forme de protection, de sécurité que nous mettons en place sans en avoir conscience. Il nous apparaît comme une nécessité. Il fait tellement partie de notre quotidien, de notre façon d’entrevoir la vie, que nous n’y prêtons même plus attention. Cette protection devient une seconde nature, au point qu’on ne la questionne plus, mais elle a un prix très élevé.
Anne voit bien que son corps réagit : fatigué, irrité, sous tension permanente. Sans parler de ces petites maladies qui ponctuent sa vie, qui semblent anodines mais ralentissent, peu à peu, son énergie.
Anne se rend compte que la vie est devenue une lutte, un combat. Mais que faire ? La vie est ainsi, avec ses exigences auxquelles il faut répondre. Pas possible de faire autrement. Peut-être quand les enfants seront grands… Quand elle sera à la retraite… Quand…
On ne lâche pas le contrôle par la volonté. On lâche quand le corps se sent en sécurité.
Car le corps a appris à tenir le cap en surinvestissant le système nerveux sympathique, celui de l’activation, de la vigilance, du stress. Le système nerveux est alors en état d’alerte quasi permanent, si bien que nous n’en avons plus conscience.
Anne a appris à tenir. Aujourd’hui, elle peut apprendre à souffler. Pas s’arrêter. Mais ouvrir de petits espaces de ressourcement. Son corps a appris à se tendre. Il peut apprendre à se relâcher. Car il sait le faire, sans que nous ayons à intervenir. Nous avons simplement à lui accorder des moments de répit. Pas des vacances de trois semaines par an. Non. Mais de petits temps de pause, un souffle après l’autre.

Ce qu’Anne a mis en pratique dans ses journées :
– Un temps de latence entre le réveil et la mise en mouvement. Juste quelques minutes pour accueillir la journée à venir.
– Des pauses d’une à deux minutes au travail, entre deux activités, pour respirer en conscience.
– Un temps de partage avec ses enfants, de retour de l’école, pour se poser et savourer ce retour à la maison.
On a souvent l’impression qu’il faut de grands changements pour améliorer les choses et que ces petites actions n’auront aucun impact. Mais mises bout à bout, elles ont la puissance d’un ouragan. Cela paraît anodin. Et c’est justement là toute leur force : ces actions mesurées ne sont pas perçues comme un danger pour le cerveau ; il les laisse s’installer dans la durée sans rechigner. Alors qu’il s’opposerait de façon notoire à un changement d’envergure, nous ramenant inlassablement à ce qu’il connait, même si cela nous est délétère.
Avec le temps, Anne vit une vie plus pleine, plus riche, plus présente. Moins de stress, moins de tourments, plus de légèreté.
Et vous, quelles sont vos micro-actions qui feront le changement de demain ?
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